Les REC — Rencontres de l'Esprit Critique

Les REC — Rencontres de l'Esprit Critique

Les REC
Země Francie
Jazyk FR
Epizody 94
Nejnovější 02.07.2026

Ce podcast est le podcast officiel des Rencontres de l'Esprit Critique (REC). Il propose les conférences, tables rondes et débats du festival annuel gratuit dédié à la pensée critique, la science et la culture. Les épisodes couvrent divers sujets liés à l'esprit critique, la zététique, et la vulgarisation scientifique. Écoutez les interventions de nombreux intervenants et experts.

Epizody

  • REC26 | D'où vient DIEU ? — Thomas Durand 02.07.2026
    La conférence aborde la question de l'origine de la croyance en Dieu, constatant sa large diffusion à travers le monde. L'intervenant souligne d'emblée qu'il ne s'agit pas d'une attaque contre les croyants, mais d'une analyse critique des croyances elles-mêmes. Il insiste sur la distinction entre la personne et sa croyance, affirmant que critiquer une croyance est une marque de respect envers la capacité du croyant à entendre un avis contraire. Il réfute les explications simplistes de la croyance, telles que la folie, la bêtise, la lâcheté ou le simple prosélytisme, arguant que ces facteurs, bien que parfois présents, ne suffisent pas à expliquer l'ampleur du phénomène. L'orateur déconstruit ensuite plusieurs "mauvaises raisons" de croire, souvent rencontrées dans les débats. Celles-ci incluent des arguments basés sur le sentiment personnel ("je sens en moi que c'est vrai"), la popularité de la croyance ("beaucoup y croient"), son ancienneté, l'intelligence de certains croyants, la peur de l'inexistence de Dieu ou le besoin d'une morale absolue. Il critique également l'argument d'ignorance (argument ad ignorantiam), qui consiste à conclure à l'existence de Dieu parce que la science ne peut pas encore expliquer l'origine de l'univers, de la vie ou de la conscience. Pour lui, "je ne sais pas" ne doit pas être transformé en "je sais". Enfin, l'intervenant examine ce qui est souvent présenté comme des "preuves" de l'existence de Dieu (cosmologique, téléologique, ontologique, morale, historique, mystique, scripturaire, pari de Pascal). Il les qualifie plutôt d'arguments anciens et souligne qu'une véritable "preuve", selon la définition de l'anthropologue Dan Sperber, est un énoncé qui, une fois compris, emporte l'adhésion. Si ces arguments étaient de réelles preuves, il suffirait de les comprendre pour être convaincu, ce qui n'est manifestement pas le cas. Il introduit alors de "vraies raisons" et "vraies causes" aux croyances, qu'il développera, en commençant par la pensée essentialiste et le dualisme inhérents à la cognition humaine.
  • REC26 | Esprit critique et espaces de légitimité : Savoirs, croyances, croyances religieuses, opinions — Intervenant 30.06.2026
    La conférence explore la légitimité des discours au sein de la société, en se concentrant spécifiquement sur le rôle du savoir. L'orateur souligne que la légitimité du savoir, notamment dans l'espace scolaire et public en France, est une décision politique historiquement datée, héritée du projet scolaire de la Première République française (1791). Ce projet a fait de la raison et du savoir des outils d'émancipation, considérant le savoir comme le socle commun nécessaire au vivre-ensemble dans une démocratie républicaine. Cette approche contraste avec d'autres systèmes éducatifs où l'adhésion à des textes sacrés peut primer, comme en témoigne la difficulté d'enseigner l'évolution biologique dans certains pays. L'intervenant insiste sur le fait que, dans l'espace scolaire français, la contestation motivée des savoirs scientifiques, basée sur des opinions ou croyances personnelles, n'est pas recevable. Il s'oppose à l'idée d'adapter l'enseignement scientifique au respect des croyances individuelles, arguant que cela reviendrait à céder du terrain aux représentations métaphysiques personnelles des élèves. Cette position, bien que potentiellement choquante aujourd'hui dans une culture de "cherry picking" des connaissances, vise à protéger l'intégrité du savoir scientifique face aux dogmes et aux nouveaux scepticismes organisés, ainsi qu'aux formes de relativisme issues du postmodernisme. Le conférencier distingue clairement le savoir des opinions et des croyances religieuses en proposant deux critères didactiques. Premièrement, le savoir, en particulier scientifique, est assumé collectivement, tandis que les opinions et croyances sont personnelles. Deuxièmement, le savoir doit être justifié rationnellement par la personne qui l'énonce, ou par la communauté scientifique qui l'a établi et validé. Contrairement aux croyances qui s'appuient sur une autorité externe, le savoir scientifique est collectivement justifié et stabilisé par la corroboration des résultats par de multiples équipes de recherche. Cette validation collective est essentielle et distingue le savoir d'une simple découverte individuelle. Enfin, l'orateur défend le savoir fondamental comme un bien public, financé par les impôts, et dont la production ne doit pas être entravée par la crainte de ses potentielles récupérations sociales ou politiques. Il cite l'exemple de Darwin, dont les travaux auraient pu être censurés s'il avait dû se préoccuper de leurs conséquences. Les espaces du laboratoire et de l'école sont présentés comme des lieux où une laïcité "passivement active" permet la libre recherche et la transmission du savoir sans compromis avec les croyances individuelles, car la critique doit porter sur les idées et non sur les personnes.
  • REC26 | Femmes de science — Karine Lacombe, Julie Batut, Magali Lavielle Guida, Margot Brunet — Karine Lacombe, Julie Batut, Magali Lavielle Guida, Margot Brunet 10.06.2026
    Cette table ronde, animée par Margot Brunet, journaliste à Cerveau et Psycho, a réuni des femmes scientifiques de divers horizons : Magali Lavielle Guida (orthophoniste, psychologue, docteure en psychologie cognitive), Karine Lacombe (enseignante en maladies infectieuses) et Julie Batut (spécialiste du développement embryonnaire, directrice de recherche au CNRS et impliquée dans l'association Femmes et Sciences). La discussion a porté sur la sous-représentation des femmes dans les carrières scientifiques et les obstacles qu'elles rencontrent, tout en rendant hommage à Séverine Hérel, récemment disparue, pour sa contribution à la science et à la psychologie. Un point central de la discussion a été l'explication de l'effet Matilda par Julie Batut. Cet effet, théorisé par l'historienne des sciences Margaret Rossiter en 1993, décrit la minimisation et le déni des travaux de scientifiques femmes au profit de leurs collègues masculins. L'exemple emblématique de Rosalind Franklin et sa contribution non reconnue à la découverte de la double hélice de l'ADN a été cité. Les chiffres actuels montrent que les femmes représentent seulement 34% du personnel de recherche et 30% des chercheurs en France, soulignant la persistance de cette sous-représentation. Les intervenantes ont partagé leurs expériences personnelles pour illustrer ces défis. Karine Lacombe a souligné que, malgré une majorité de femmes en début d'études médicales, un "plafond de verre" persiste aux niveaux hiérarchiques supérieurs, notamment pour les postes de Professeurs des Universités – Praticiens Hospitaliers (PU-PH). Elle a été la première femme chef de service en maladies infectieuses dans un centre hospitalier de l'AP-HP en 2019. Elle a également évoqué la responsabilité des femmes elles-mêmes qui, par auto-censure ou sentiment d'infériorité, ne se valorisent pas toujours à leur juste mesure. Magali Lavielle Guida a raconté comment ses choix de vie familiale ont influencé sa carrière et a donné un exemple récent de l'effet Matilda, où son travail en tant que première auteure d'un article a été attribué à un collègue masculin par des relais sur les réseaux sociaux. Ces témoignages mettent en lumière les difficultés structurelles et psychologiques auxquelles les femmes scientifiques sont confrontées.
  • REC25 | Entre ésotérisme et droite radicale : les figures d’Otto Rahn et de Savitri Devi — Thibault Brice, Cédric Lévêque 13.04.2025
    La conférence aborde le thème de l'occultisme nazi, un phénomène littéraire post-Seconde Guerre mondiale popularisé par des ouvrages comme "Le Matin des magiciens" en 1960. Bien que le nazisme en tant que tel ne soit pas intrinsèquement occulte, certains de ses dirigeants, comme Himmler, s'intéressaient à l'ésotérisme. L'occultisme nazi se caractérise par l'intégration d'éléments magiques, religieux et parascientifiques dans le récit historique du national-socialisme, et a eu une influence notable dans les sphères contre-culturelles. Une notion clé de cet ésotérisme nazi est celle de l'Hyperborée, un mythe d'un continent disparu situé au-delà des vents du Nord, qui a été récupéré et transformé à partir du XIXe siècle. Associée à la vision des âges cycliques, l'Hyperborée est devenue l'âge d'or de la race aryenne pour certains courants ésotériques. Des figures comme Blavatsky ont contribué à sa diffusion, bien qu'elle ne la lie pas directement à l'origine aryenne. L'Indien nationaliste Tilak a ensuite "scientifisé" cette idée avec son ouvrage "Origines polaires de la tradition védique", influençant les mouvements völkisch allemands et autrichiens, précurseurs du nazisme. Hermann Wirth, co-fondateur de l'Ahnenerbe, l'institut SS d'étude de la race aryenne, a même affirmé que les Aryens provenaient d'Hyperborée. La figure d'Otto Rahn est présentée comme un pseudo-archéologue et agent d'influence, dont la biographie réelle est difficile à reconstituer en raison de la disparition de nombreuses archives. Né en 1904, Rahn est connu pour ses ouvrages "La Croisade contre le Graal" (1933) et "La Cour de Lucifer", où il postule que le Graal est un artefact païen issu d'Hyperborée, détenu par les Cathares. Ses théories s'inspirent notamment de Wolfram von Eschenbach. Arrivé en Ariège en 1930, il rencontre des occultistes, ésotéristes et néo-cathares locaux, et est décrit comme un adepte de la théorie hyperboréenne. Entre 1931 et 1932, Otto Rahn tient une auberge à Ussat-les-Bains, "Les Marronniers", qui semble avoir servi de point de rencontre pour une "internationale brune". Des personnalités suspectes, comme Walter Rommel (anthroposophe) et Karl Wolf (futur chef d'état-major d'Himmler), y sont aperçues. La proximité de la frontière espagnole et des chemins de contrebande suggère un rôle d'agent d'influence pour Rahn, facilitant potentiellement le passage d'informations et de matériel entre phalangistes et autres groupes. Des parallèles sont établis avec des situations similaires en Bretagne, où des nationalistes bretons ont collaboré avec les Allemands.
  • REC25 | La causalité dans nos têtes — Valentin Goulette 13.04.2025
    Le raisonnement causal désigne la capacité humaine à déterminer si un événement est la cause d'un autre, un mécanisme que nous utilisons intuitivement au quotidien, comme lorsque nous actionnons un interrupteur pour allumer une lumière. Pour comprendre comment notre esprit opère, la psychologie s'appuie historiquement sur deux grandes familles de définitions philosophiques. La première, dite théorie du processus, suggère qu'un lien causal existe s'il y a un transfert physique ou une force continue entre deux événements. Bien qu'intuitive, cette approche montre rapidement ses limites face à la complexité des informations à traiter et, surtout, lorsqu'il s'agit d'expliquer les omissions, c'est-à-dire les situations où une absence d'action produit un effet. La seconde famille, appelée théorie de la dépendance, pose qu'un événement A est la cause d'un événement B si ce dernier n'aurait pas eu lieu en l'absence de A. C'est cette approche qui inspire le plus les modèles psychologiques et les méthodes scientifiques, telles que les essais cliniques comparatifs avec placebo, ainsi que le système juridique qui tient les individus pour responsables de leurs négligences. Face à la difficulté de tracer l'intégralité des processus physiques complexes dans la vie courante, la cognition humaine privilégie donc une évaluation fondée sur la dépendance et les conséquences d'un événement par rapport à son alternative. Pour expliquer ce phénomène, la psychologie cognitive s'oriente vers la théorie des simulations contrefactuelles. Puisque notre perception ne nous montre qu'une seule version de la réalité à un instant donné, notre cerveau simule mentalement un monde alternatif le plus proche possible du réel afin de retirer la cause supposée et d'observer si l'effet se produit toujours. Des études menées à l'aide d'oculomètres confirment d'ailleurs que face à une situation dynamique, le regard humain effectue des saccades dites contrefactuelles pour anticiper visuellement ce qui se serait passé si l'élément déclencheur n'avait pas été présent.
  • REC25 | Les hommes doivent prendre plus de place dans les luttes féministes — Pauline Bouty, OsR Opinions sur Rue 13.04.2025
    Cette conférence inaugurée par une introduction sur les intervenantes pose les bases d'un échange consacré aux idées reçues sur le féminisme. La discussion s'ouvre sur un stéréotype récurrent selon lequel le féminisme contemporain serait devenu excessif, vulgaire et agressif, contrairement à celui du passé qui aurait été plus mesuré et légitime. Les participantes démontrent que cette perception négative repose sur un biais cognitif bien connu, le « biais passéiste », qui pousse systématiquement à idéaliser les époques antérieures au détriment du présent. Elles rappellent en outre que ce type de critique n'est pas nouveau et que chaque génération de féministes a eu à faire face aux mêmes accusations de radicalité pour décrédibiliser ses revendications.
  • REC25 | Orange is the new Black (area for Science)/La Science en danger dans le monde — Pauline Delahaye 13.04.2025
    Le contexte mondial actuel, marqué par des crises géopolitiques, la montée des extrêmes et une défiance croissante envers la recherche et la médecine, expose la science à des menaces systémiques majeures. Aux États-Unis, le retour au pouvoir d'une administration ouvertement hostile aux institutions scientifiques a provoqué un effet de sidération sans précédent. Des agences fédérales clés, qu'il s'agisse des parcs nationaux, des centres de contrôle des maladies, ou des services de météorologie et d'océanographie, subissent des coupes drastiques, des restrictions de communication et des ingérences politiques directes remettant en cause des consensus scientifiques établis. Cette offensive généralisée contre le savoir académique et les structures publiques de santé entraîne des conséquences concrètes et alarmantes. La suppression des contrôles et des services spécialisés favorise la résurgence de maladies que l'on pensait éradiquées, comme la polio ou la rougeole, tandis que l'affaiblissement des agences climatiques et sanitaires prive les populations de données vitales et de systèmes d'alerte performants. Parallèlement, la mise en péril de la biodiversité et l'isolement progressif de la recherche américaine illustrent l'impact global de ces politiques de démantèlement sur la sécurité sanitaire et environnementale internationale. Face à cette situation critique, des parallèles historiques peuvent être esquissés, notamment avec la période du maccarthisme et ses listes noires ciblant les intellectuels et les scientifiques. Si le climat actuel s'avère particulièrement anxiogène pour la communauté scientifique, l'analyse des précédents historiques rappelle l'importance de la résilience institutionnelle. La sauvegarde des données menacées, à l'image des transferts d'urgences opérés par certains observatoires, témoigne d'une capacité de résistance face aux attaques menées contre la méthode scientifique et la rationalité.
  • REC25 | Soixante minutes pour tout sachoir — Nicolas Gauvrit 13.04.2025
    Ce résumé explore la question de l'expertise à travers le prisme de l'humour et de la vulgarisation scientifique, en s'appuyant sur l'ouvrage *L'expertise sans peine* coécrit par le conférencier et Sébastien Dieguez. Le livre se structure en deux volets : une première partie ludique qui sert de guide parodique pour devenir un « toutologue » ou un pseudo-expert capable de s'exprimer sur tous les plateaux télévisés, et une seconde partie plus académique signée par Sébastien Dieguez. La conférence interroge d'abord la nature même de la véritable expertise scientifique, bien loin de la simple maîtrise superficielle ou de l'assurance médiatique. Contrairement aux idées reçues, un véritable expert ne se résume pas à quelqu'un qui accumule des connaissances théoriques par cœur. Il se distingue par sa compréhension globale de son domaine, sa capacité à anticiper les tendances de la recherche, ainsi que par sa connaissance fine de l'écosystème scientifique et des controverses en cours. Enfin, l'intervention souligne pourquoi notre société moderne dépend autant des experts. En raison de la brièveté de la vie et de la complexité du monde, il est impossible pour quiconque de tout vérifier par soi-même. Nous sommes donc contraints de déléguer et d'accorder notre confiance à des tiers, qu'il s'agisse de valider des articles scientifiques ou des faits historiques, ce qui met en lumière toute la vulnérabilité de notre rapport au savoir et aux figures d'autorité médiatiques.
  • REC25 | Le financement de la désinformation — Aude Favre, Laurent Foiry, Audrey Chippaux 12.04.2025
    Ce document aborde la désinformation sous l'angle de son modèle économique et de son financement, révélant qu'il s'agit d'un secteur extrêmement lucratif brassant des milliards de dollars. Ce système repose en grande partie sur des revenus publicitaires automatisés, où des marques grand public se retrouvent, souvent par manque de vigilance ou par choix de rentabilité, à financer involontairement des sites haineux ou conspirationnistes par l'intermédiaire de régies comme Google. Face à ce manque de contrôle, les différents acteurs de la chaîne se renvoient constamment la responsabilité, qu'il s'agisse des agences publicitaires, des plateformes technologiques ou des annonceurs. Au-delà de la publicité programmatique, les créateurs de contenus trompeurs font preuve d'un réel sens de l'entrepreneuriat en diversifiant habilement leurs sources de revenus. Ils s'appuient sur des modèles économiques sophistiqués incluant la vente de formations, d'ouvrages, de produits dérivés, ainsi que le mécénat, les abonnements payants et le financement participatif. Certains épisodes de désinformation virale sont ainsi savamment scénarisés et monétisés sous forme de séries exclusives, générant rapidement des millions de dollars de profits pour leurs auteurs. Pour contrer cette machine bien huilée, des initiatives journalistiques et citoyennes émergent afin d'enquêter sur les coulisses de ce marché et de faire pression sur les géants du numérique. Des enquêtes fouillées ont ainsi permis de démontrer que la suppression des flux financiers et des régies publicitaires constitue un levier redoutable pour assécher ces réseaux. Les experts s'accordent à dire que sans cette capacité de monétisation à grande échelle, l'industrie de la désinformation perdrait une grande partie de son attractivité et de son dynamisme.
  • REC25 | L'esprit critique dans les prétoires: une arme pour contrer la désinformation au tribunal? — Alice Lacoye Mateus 12.04.2025
    Alice Laqu Matthéus, avocate et enseignante, développe un centre de formation au cœur pénaliste pour contrer la désinformation au tribunal, notamment dans les affaires de violence intrafamiliale. Elle souligne que la vérité judiciaire est une construction, un récit élaboré en quelques jours lors d'un procès, qui devient une vérité collectivement acceptée malgré les erreurs potentielles. Cette construction est encadrée par des garanties procédurales, comme l'article 6 de la CEDH, mais elle insiste sur le fait que le droit, bien que logique, n'est pas rationnel. Il s'agit plutôt d'un rituel judiciaire millénaire où se greffent préjugés, mythes, peurs primales, biais cognitifs et inconscient collectif, qui influencent fortement les décisions en salle d'audience. La conférencière met en lumière l'importance cruciale de la crédibilité des témoignages (témoins, victimes, accusés) dans les procès. Face à l'incertitude, le recours aux expertises, notamment psychiatriques ou psychologiques, est fréquent, donnant l'impression d'une décision rationnelle basée sur la science. Cependant, elle alerte sur l'existence de nombreuses expertises s'appuyant sur des pseudosciences ou des théories psychologisantes sans fondement scientifique avéré. Ces approches peuvent avoir des conséquences dévastatrices sur le plan humain. Un exemple frappant de cette problématique est le Syndrome d'Aliénation Parentale (SAP), qualifié de "pire pseudoscience" par certains scientifiques. Créé dans les années 80 par le psychiatre Richard Gardner, le SAP est apparu dans un contexte où les femmes divorcées accusaient leurs ex-conjoints de violences, notamment sexuelles sur enfants. Gardner, payé par les hommes accusés, affirmait que si une femme ou un enfant accusait un père, c'était par vengeance féminine ou suite à un "lavage de cerveau" de la mère sur l'enfant, sans critères diagnostiques objectifs pour distinguer cette situation d'une violence réelle. Le SAP, bien que dénué de preuves scientifiques et promu par un individu aux idées controversées (il considérait la pédophilie comme "bénéfique" dans certains cas), a malheureusement traversé l'Atlantique. Il a infiltré le discours de la chaîne de protection de l'enfance et de certains magistrats en France et en Europe. Des psychiatres et des membres de l'Institut de Victimologie ont démontré l'absence totale d'études scientifiques validant cette théorie, soulignant que Gardner était auto-édité et sans évaluation par les pairs, et qu'il était rémunéré pour soutenir ces thèses.
  • REC25 | Antiféminismes d'hier et d'aujourd'hui: des croyances à la dérive — Pauline Bouty 12.04.2025
    Dans cette conférence, l'intervenante aborde la question de l'antiféminisme et du masculinisme en retraçant d'abord brièvement l'évolution du féminisme en Occident. Elle rappelle que le féminisme n'est pas un bloc monolithique, mais qu'il traverse différentes vagues depuis le XIXe siècle, allant de la conquête des droits civiques jusqu'aux luttes intersectionnelles contemporaines. Cette diversité de courants et de visions peut parfois créer des tensions internes au sein du mouvement, ce qui offre une brèche aux discours antiféministes cherchant à discréditer les militantes. L'exposé met ensuite en lumière la dangerosité et la réalité concrète de l'antiféminisme, soulignant qu'il ne se limite pas à un simple recul des droits ou à des résistances politiques, mais qu'il tue. Pour illustrer son propos, l'intervenante énumère plusieurs attentats et attaques masculinistes et antiféministes survenus au cours des dernières décennies, de la tuerie de l'École polytechnique de Montréal en 1989 jusqu'aux agressions plus récentes visant des espaces de non-mixité. Ces tragédies démontrent l'existence d'une haine structurée des femmes et d'une volonté violente de préserver un ordre patriarcal. Enfin, l'intervenante rappelle que l'antiféminisme n'est pas seulement une réaction réactionnaire au féminisme moderne, mais qu'il le précède historiquement. Déjà ancré dans les représentations culturelles anciennes à travers la stigmatisation des femmes indépendantes, ce phénomène s'articule aujourd'hui étroitement avec d'autres formes de rejet, telles que la transphobie, l'homophobie et le racisme.
  • REC25 | L’altruisme efficace : l'esprit critique au service de la générosité ? — Franck Ramus, Capucine Griot, Yohann Hoarau 12.04.2025
    L'altruisme efficace est un mouvement philosophique et pratique qui cherche à optimiser la générosité et l'impact des actions menées pour rendre le monde meilleur. En s'appuyant sur une démarche rigoureuse, méthodique et fondée sur des données probantes, il vise à identifier les meilleures manières d'utiliser ses ressources, que ce soit à travers des dons caritatifs ou des choix de carrière professionnelle. L'objectif central est de maximiser le bien-être global de la société en orientant les efforts là où ils peuvent sauver ou améliorer le plus de vies possible pour un investissement équivalent. Ce mouvement trouve en grande partie ses racines philosophiques dans le conséquentialisme et l'utilitarisme, des courants de pensée morale qui évaluent la valeur d'une action uniquement à travers ses conséquences directes, en privilégiant celle qui produit le plus grand bien-être total. Des organisations comme Altruisme efficace France s'emploient ainsi à diffuser ces principes, à accompagner les citoyens dans leurs démarches de dons rationnels et à structurer une réflexion collective autour de l'efficacité solidaire. Si le fond du mouvement, qui prône l'optimisation rationnelle de la générosité, fait l'unanimité parmi ses partisans et les experts invités, la démarche invite également à la nuance. Des intervenants issus de la recherche scientifique et de la philosophie morale soulignent l'importance de maintenir un esprit critique constructif, permettant d'analyser non seulement les réussites de ces approches, mais aussi leurs limites pratiques et théoriques dans le paysage militant et associatif actuel.
  • REC25 | Genre et transidentités: pourquoi tant de haine? — Béatrice Denaes 12.04.2025
    Béatrice Denas, journaliste, militante et cofondatrice de l'association Trans Santé France, aborde dans cette conférence la recrudescence et l'idéologisation de la transphobie dans l'espace public et médiatique. Elle déplore la diffusion régulière de fausses informations par certains médias et essais littéraires, qui véhiculent des stéréotypes alarmistes ou des contre-vérités, à l'instar des amalgames trompeurs fréquemment observés dans le traitement journalistique de faits divers ou de tribunes d'opinion. L'intervenante met en lumière le rôle actif de certains groupes conservateurs ou psychanalytiques qui s'opposent aux transitions de genre, notamment chez les mineurs. Elle compare cette rhétorique actuelle aux oppositions qu'a subies l'homosexualité par le passé, caractérisée par la peur du changement et le refus de la parole scientifique. Selon elle, ces discours infondés entretiennent une confusion coupable auprès d'une partie du public et des institutions, alimentant un climat d'intolérance généralisée. Face à ces idées reçues, Béatrice Denas rappelle les faits médicaux et sociaux qui encadrent les parcours transgenres. Chez les enfants, la démarche se limite exclusivement à une transition sociale, visant à aligner le quotidien sur leur identité vécue, sans aucun acte hormonal ou chirurgical. Quant aux bloqueurs de puberté parfois prescrits aux adolescents, ils constituent un traitement réversible utilisé depuis des décennies pour des pubertés précoces chez les enfants cisgenres, loin des caricatures expérimentales ou dangereuses souvent relayées par leurs détracteurs.
  • REC25 | Si les algorithmes de recommandation sont les biais cognitifs de l'humanité, nous en faut-il de nouveaux ? — Jean-Lou Fourquet 12.04.2025
    Aujourd'hui, la principale porte d'entrée vers l'information sur le web n'est plus constituée par les médias traditionnels, mais par des intelligences artificielles de recommandation. Conçues pour maximiser l'engagement des utilisateurs et le temps passé sur les plateformes, ces intelligences façonnent massivement notre diète informationnelle, à l'image de YouTube qui pilote des centaines de millions d'heures de visionnage quotidiennes. Ces algorithmes ne sont pas programmés intentionnellement pour propager la haine, mais l'optimisation pure de l'engagement produit des effets de bord redoutables. En analysant les comportements humains, les systèmes découvrent de manière autonome que certains leviers, comme la colère, le scandale ou des contenus ambigus, obtiennent des résultats spectaculaires. Cet apprentissage automatique amplifie ainsi des dynamiques toxiques sans qu'aucune intervention humaine directe ne les ait initialement commandées. Si la polarisation émotionnelle et les divisions au sein des sociétés ne datent pas d'hier, les réseaux sociaux agissent comme de puissants catalyseurs qui aggravent ces tensions. En favorisant l'hostilité entre les groupes et en rendant les compromis de plus en plus difficiles, ils transforment durablement le débat public, posant ainsi la question urgente d'une régulation ou d'une refonte de ces algorithmes de recommandation.
  • REC25 | Peut-on compter sur les chiffres ? — Elise Janvresse 12.04.2025
    Les chiffres et les données chiffrées sont omniprésents dans notre quotidien et servent souvent d'arguments d'autorité pour appuyer des décisions ou forger des opinions en raison de leur apparente objectivité. Face à des masses de données complexes, il est toutefois nécessaire de les résumer pour pouvoir les appréhender. Ce travail de synthèse, qu'il soit le fruit d'une maladresse ou d'une simple simplification, n'est qu'un éclairage partiel d'une réalité plus vaste, à l'image d'un objet que l'on éclaire sous différents angles pour n'en voir que certaines facettes. L'indicateur le plus couramment utilisé pour résumer une situation est la moyenne arithmétique. Si elle s'avère utile dans de nombreux contextes, elle présente des limites évidentes lorsqu'elle est mal interprétée ou confrontée à des distributions hétérogènes. L'exemple historique de l'homme moyen ou la boutade mathématique selon laquelle la plupart des Français ont plus de jambes que la moyenne illustrent bien le caractère parfois absurde ou non représentatif d'une application aveugle de cet outil statistique. Pour obtenir une vision plus nuancée, la médiane constitue une alternative précieuse car elle divise une population en deux parties égales, s'affranchissant ainsi de l'effet de distorsion produit par des valeurs extrêmes. L'analyse des salaires dans la fonction publique démontre ainsi un décalage notable entre le salaire moyen, tiré vers le haut par les plus hauts revenus, et le salaire médian, qui reflète plus fidèlement la réalité de la moitié des travailleurs. En définitive, si les résumés statistiques demeurent indispensables pour analyser le monde ou observer son évolution temporelle, ils appellent toujours à la prudence et à un esprit critique aiguisé.
  • REC25 | Le public a -t-il le droit de savoir ? Études de cas sur l'accès aux documents administratifs — Clémence Peyrot, Nicolas Marty 12.04.2025
    L'accès aux documents administratifs constitue un pilier fondamental de la démocratie, garantissant le droit des citoyens à l'information et au contrôle de l'action publique. Issu historiquement de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, ce droit s'est institutionnalisé en France à travers la loi du 17 juillet 1978, qui a notamment permis la création de la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA). Des dispositifs complémentaires, à l'instar de la convention d'Aarhus transposée en 2002, ont ensuite élargi ces prérogatives en matière environnementale, favorisant une plus grande transparence des pouvoirs publics. Cependant, ce principe de transparence se heurte à de nombreuses restrictions légales destinées à protéger des intérêts jugés supérieurs. Le code des relations entre le public et l'administration encadre strictement la communicabilité des pièces en invoquant divers secrets, tels que la vie privée, le secret médical, le secret des affaires, les procédures juridictionnelles en cours ou encore des impératifs de sécurité. S'y ajoutent l'exclusion des actes préparatoires et la lutte contre les demandes considérées comme abusives ou disproportionnées, bien que la loi prévoie en théorie des techniques d'occultation pour préserver l'accès partiel aux documents. Face à la résistance potentielle des administrations, les demandeurs disposent d'une procédure formalisée pour faire valoir leurs droits. La première étape consiste à formuler une demande écrite, de préférence par voie électronique, en précisant clairement la nature des documents souhaités tout en engageant sa responsabilité ou celle d'une structure associative. En cas de refus exprès ou d'absence de réponse de l'administration pendant un délai d'un mois, le citoyen peut saisir la CADA afin d'obtenir un avis sur le litige et engager les démarches nécessaires.
  • REC25 | Il n' y a pas plus manipulable que celui qui pense ne pas l'être | Magali L. Guida, C.Freze, Y.Frisch — Clément Freze, Magali Lavielle Guida, Yann Frisch 12.04.2025
    Ce résumé s'articule autour d'une table ronde réunissant des experts de l'illusion et de la psychologie cognitive, qui analysent les liens étroits entre la magie, le mentalisme et les mécanismes de la pensée. Dès l'introduction, les intervenants s'accordent sur le fait que la manipulation n'est pas l'apanage des seuls spectacles, mais constitue un processus universel, ancré dans les comportements sociaux et même dans le monde animal à des fins de survie. Si la magie se décline en de multiples pratiques — de la manipulation d'objets palpables à la suggestion mentale —, elle repose fondamentalement sur notre propension naturelle à être trompé. Les discussions soulignent ensuite que le cerveau humain fonctionne de manière éminemment prédictive, s'appuyant sur un modèle d'anticipation permanent du réel. Lorsqu'un tour de magie ou une illusion est exécuté, il exploite précisément ce décalage entre ce que le cerveau s'attend logiquement à voir se produire et la réalité perçue. Cet effet de surprise perturbe les attentes, illustrant à quel point nos processus cognitifs sont vulnérables face à des stimuli soigneusement orchestrés. Enfin, l'intervention de la psychologie cognitive met en lumière les différents biais qui façonnent notre perception et notre jugement au quotidien, qu'ils soient perceptifs, mémoriels ou liés au raisonnement. Des illusions d'optique aux techniques de forçage mental, ces failles démontrent que notre esprit cherche constamment à confirmer ses propres schémas. C'est précisément cette confiance aveugle en notre propre objectivité qui nous rend, selon l'adage rappelé en introduction, particulièrement manipulables.
  • REC25 | Sapiens et les microbes — Renaud Piarroux 12.04.2025
    Le rédacteur en chef de la revue *Science et pseudo-sciences*, Jean-Paul Killion, reçoit le professeur Renaud Piarroux, pédiatre, infectiologue et spécialiste de la gestion des épidémies, pour présenter son ouvrage en deux volumes intitulé *Sapiens et les microbes*. Ce livre propose une relecture critique de l'histoire de l'humanité à travers le prisme des maladies infectieuses, soulignant le rôle fondamental mais souvent sous-estimé des microbes dans notre histoire collective. Le premier volume, qui s'arrête à la grippe espagnole de 1918, s'ouvre de manière atypique sur la grande peste de Marseille de 1720. Bien qu'elle ne soit pas la plus meurtrière, cette épidémie est particulièrement bien documentée et permet d'illustrer la complexité d'une crise sanitaire globale. À travers l'épisode du navire le *Grand Saint-Antoine*, le livre met en lumière les défaillances humaines, les pressions économiques au détriment de la santé publique, ainsi que la gestion chaotique des confinements, du ravitaillement et de l'amoncellement des corps. Au-delà du cas marseillais, la discussion et l'ouvrage dressent des parallèles troublants entre les réactions d'autrefois — comme l'exode des populations ou la gestion des récits officiels — et les crises épidémiques modernes, telles que la pandémie de Covid-19. En croisant une riche expérience de terrain humanitaire et des recherches historiques approfondies, Renaud Piarroux démontre l'intérêt crucial de faire des allers-retours entre passé et présent pour mieux comprendre les mécanismes politiques, sociaux et sanitaires qui régissent nos confrontations aux épidémies.
  • REC25 | Les vulgarisateurs sont-ils tous fous ? — Marine Mercadié 12.04.2025
    Cette conférence présente les premiers pas d'une étude menée en partenariat avec l'Université de Bordeaux et l'ISPED sur la santé mentale des créateurs de contenus, vulgarisateurs, sceptiques et « debunkers » francophones sur Internet. Portée par le docteur Marine Mercadier et le biostatisticien Mathieu Mulot, cette recherche cherche à évaluer la prévalence réelle des troubles psychiques au sein de cette communauté spécifique. En guise de mise en contexte, l'intervenante rappelle que la santé mentale touche une part considérable de la population générale française. Qu'il s'agisse de la dépression, des troubles anxieux ou de la prise de psychotropes, les chiffres démontrent une problématique sociétale majeure et en augmentation, notamment depuis la période de la crise du Covid-19. Pourtant, malgré l'omniprésence des questions de santé mentale sur les réseaux sociaux, la littérature scientifique manquant cruellement de données sur le lien exact entre l'activité d'influence ou de vulgarisation et le bien-être psychologique. L'étude en cours adopte une méthodologie rigoureuse en ciblant les créateurs majeurs, francophones, actifs au cours des douze derniers mois sur des plateformes comme YouTube, X, Instagram ou Bluesky, et cumulant au moins un millier d'abonnés. Le questionnaire détaille à la fois les diagnostics médicaux avérés et les troubles suspectés, en distinguant ce qui relève d'avant ou d'après le début de l'activité numérique. L'intervenante insiste toutefois sur le caractère éminemment préliminaire de ces données, issues d'un échantillon encore restreint au moment de la présentation. En l'absence de conclusions définitives, cette démarche pionnière ouvre la voie à de futures analyses pour comprendre si l'exposition en ligne altère la santé mentale des créateurs ou si elle attire en premier lieu des profils plus vulnérables.
  • REC25 | Science ouverte : pourquoi et où en est-on ? — Anne Cambon-Thomsen 12.04.2025
    La science ouverte est un mouvement inclusif et global qui vise à rendre les connaissances scientifiques librement accessibles, multilingues et réutilisables par tous. Elle englobe l'ensemble des disciplines, de la recherche fondamentale aux sciences humaines et sociales, et s'articule autour de plusieurs piliers majeurs : l'ouverture des publications, des données de recherche, des infrastructures, des logiciels, ainsi qu'un dialogue renforcé avec la société civile. Ce mouvement, bien que profondément catalysé par l'essor du numérique et d'Internet ces vingt dernières années, s'inscrit dans une démarche historique de partage des savoirs soutenue par des institutions internationales comme l'UNESCO ou l'OCDE. Des textes fondateurs, tels que les déclarations de Budapest, de Berlin ou les principes de l'OCDE, ont structuré cette transition en soulignant la nécessité de rendre la science transparente, collaborative et accessible au plus grand nombre. Le secteur des publications scientifiques illustre particulièrement cette transformation en remettant en cause le modèle économique traditionnel où le travail de recherche, souvent financé par des fonds publics, est payé une seconde fois par les lecteurs ou les bibliothèques sous forme d'abonnements. Pour y remédier, de nouvelles voies se développent, telles que les archives ouvertes, le modèle diamant financé par des institutions, ou encore l'accès ouvert payant par les auteurs, redéfinissant ainsi les pratiques des chercheurs et des éditeurs à l'échelle mondiale.

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