Passeurs et Reveurs des mots
Didier Aubourg
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Passeurs et Rêveurs des mots est le podcast littéraire de Radio Top Side, animé par Didier Aubourg. Chaque semaine, il donne la parole à des auteurs auto-édités, écrivains indépendants qui publient et défendent leurs œuvres loin des grandes maisons d'édition. Les épisodes offrent des rencontres authentiques et des histoires inspirantes, célébrant la liberté d'écrire et le pouvoir des mots. Un nouvel épisode est diffusé chaque mercredi à 7h20 sur Radio Top Side et disponible en podcast.
Epizody
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Passeurs et reveurs de mots - Le premier pas de Viviane Gardien 16.09.2026Un commissariat de Nice. Une femme entre, la voix tremblante, prête à tout dire. Elle vient avouer un accident, une vie qui a basculé le premier jour de l'été. C'est ainsi que s'ouvre Le Premier Pas, premier roman de Viviane Gardien, aux éditions Hello. Laure a bientôt trente ans. À dix-huit ans, elle avait rencontré Carlo, son premier amour. Un amour fusionnel, magnétique. Et déjà, sous le charme, la première fêlure. Dix ans plus tard, le destin les remet face à face, et l'histoire reprend là où elle s'était interrompue. Viviane Gardien sait rendre sensible ce que raconte son livre : l'emprise. Cette manière qu'a l'autre de vous couvrir de fleurs le matin et de vous éteindre le soir. L'isolement qui se resserre, la prison dorée où l'on choisit de rester. Elle en écrit le mécanisme avec justesse, sans jamais juger celle qui subit. Puis vient la fuite. Un sac trop lourd sur le dos, une flèche jaune au sol, et les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. À chaque étape, Laure allège son sac. Elle abandonne l'imperméable, les chaussures de rechange, puis presque tout. Et à mesure que le sac s'allège, c'est elle qui se délivre. La marche devient le vrai voyage, celui du dedans. Chaque kilomètre pèse. Les ampoules, la chaleur de l'été. Et pourtant, à chaque borne, une peur de moins. Sur le chemin, elle croise des pèlerins venus d'ailleurs, chacun chargé de sa propre histoire. Des visages lumineux sur une route de poussière. Et derrière elle, un voisin qui écoute, des amies qui veillent de loin. Ne vous fiez pas au calme des paysages. Sous le soleil de Galice, une femme apprend le plus difficile : ne plus se perdre pour être aimée. Le Premier Pas tend la main à celles que l'amour a fait vaciller. Il murmure que la peur peut devenir une alliée, et qu'un seul pas, même hésitant, suffit parfois à rouvrir l'horizon. Un premier roman sincère, moins sur la chute que sur la manière de se relever. Le Premier Pas, de Viviane Gardien. Le premier pas, justement, vers soi. https://www.amazon.fr/premier-pas-Viviane-Gardien/dp/2386273660/ -
Passeurs et reveurs de mots - Mes deux papas de Eric Mukendi 09.09.2026De Bondy au seizième arrondissement,il y a une quinzaine de kilomètres. Boris les franchit pour retrouver Hortense,une fille rencontrée au musée d'Orsay. Et à chaque trajet,il change de langue. Mes deux papas,premier roman d'Éric Mukendi,chez Gallimard,collection Continents Noirs. Boris a quatorze ans,il est arrivé du Congo à sept ans,et il passe sa vie à traduire. Ses parents pour ses copains. Le Congo pour la France. Et bientôt un homme pour un autre. Cet homme s'appelle Daniel. Il réapparaît après des années de silence,au terme d'un parcours qui l'a mené du Gabon à la Tunisieavant d'atteindre la France. Boris apprend alors que Fulgence,le mécanicien congolais qui l'a élevé à Bondy,celui qu'il appelle papa,est son oncle. Un autre roman aurait organisé le duel. Mukendi s'y refuse. Il a raconté avoir eu du mal à rendre Daniel aimable,et le personnage entre dans le livre avec cette résistance. Boris, lui,ne départage personne. Il a un père qui l'a élevéet un père qui revient,et il tient les deux mots dans la même phrase. Ce qui porte tout,c'est sa voix. Une langue qui bouge. Le français de l'école y croise les mots que la famille a rapportés du Congo,et le parler du collège vient s'y mêler. Elle indique à chaque répliqued'où chacun parle. Dans cette famille,les malentendus sont presque toujoursdes malentendus de vocabulaire. Fin juin, à La Canée,j'ai croisé Éric Mukendi au Festival du livre,quelques jours après ma propre rencontre au Grand Arsenal. Son roman venait de paraître en grec,aux éditions Thines. Son traducteur, Angelos Moutafidis,avait devant lui une langue sans équivalent évident :comment faire passer le parler des banlieues parisiennesdans un pays où les banlieues ne se ressemblent pas. Boris aura donc été traduitune fois de plus. Il a l'habitude. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveur de mots - Ce que je sais de toi de Eric Chaacour 02.09.2026Une voix s'adresse à un homme.Elle lui dit : tu. Tu deviens médecin,comme ton père.Tu épouses Mira. Tu ignores encore ce qui va faire dérailler ta vie. Qui parle ainsi,qui connaît Tarek mieux qu'il ne se connaît lui-même ? Il faudra trois parties pour savoir qui parle. Ce que je sais de toi,d'Éric Chacour,aux éditions Alto au Québec,chez Philippe Rey en France. Un premier roman,déjà couronné par le Prix des Libraires 2024, et finaliste du Dublin Literary Award 2026. Le Caire,des années soixante à l'aube des années deux mille. Tarek appartient à la bourgeoisie levantine,chrétienne,francophone,égyptienne depuis des générations. Sa vie semble écrite d'avance :le cabinet du père,le mariage,le rang à tenir. Sa mère appelle cela le mektoub,ce qui est écrit. Puis Tarek ouvre un dispensaire dans le Moqattam,le quartier pauvre où l'on trie et recycle les déchets du Caire. Là, il rencontre Ali.Plus jeune,pauvre,musulman,et libre comme Tarek n'a jamais osé l'être. Entre eux, un amour que tout interdit. Et bientôt l'exil,Montréal,le froid,une vie à recommencer loin des siens. Au cœur du livre, pourtant, il y a l'absence. Ce qu'un homme laisse derrière lui quand il part. La façon dont une famille se raconte des histoires pour survivre à un départ. Et le patient travail de recoudre les lambeaux d'une vie qu'on n'a pas vue. Et c'est là qu'intervient la trouvaille d'Éric Chacour. Trois parties,trois pronoms.Toi.Moi.Nous. D'abord ce tu,intime comme une confidence,précis comme une enquête. Puis une voix qui se dévoile,et dit je. Enfin un nous,quelques pages à peine,où deux existences entrent dans la même phrase. La grammaire accomplit ce que la vie avait rendu impossible. Derrière ce roman, il y a un homme qui écrit une Égypte qu'il n'a pas vécue. Éric Chacour est né à Montréal.Le Caire lui vient de ses parents,de leurs chansons,de leurs plats,de l'ail et de l'anis. Sa langue est ciselée,sensuelle,retenue. Elle dit la douleur sans jamais hausser le ton. Ce que je sais de toi,un roman où l'absence finit par apprendre à dire…nous. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - Couleur de la vengeance de Maurice Attia 26.08.2026Marseille, octobre 1980. Près d'un petit cinéma de quartier, à la Belle de Mai, les affiches décollées,l'odeur des salles d'enfance. Paco Martinez est venu écrire sur le cinéma. Un peu plus loin, dans un bar,une camionnette s'arrête. Deux hommes cagoulés.Des coups de feu. Et le vieux flic, en lui, se réveille. Voilà l'ouverture de Couleurs de la vengeance,de Maurice Attia,aux éditions Jigal. On y retrouve Paco Martinez,enquêteur né à Alger,exilé à Marseille,comme son auteur. Paco a rendu sa plaque.Il tient désormais une rubrique de cinéma au Provençal. Mais devant les corps, l'instinct revient.Il relève un numéro,prévient les secours, et commence une enquête qu'il cache à Irène,sa femme,dans un couple déjà traversé de fatigue. Un second fil court en parallèle. François Nessim, grand reporter, ami de Paco, gagne la frontière afghane par le Pakistan,pour couvrir une guerre lointaine. Son carnet de voyage scande le roman. Attia construit comme on monte un film :chapitres courts,voix qui se relaient, deux continents qui se répondent. Le récit monte par paliers,patient,implacable. Au fil des interrogatoires, les morts se mettent à parler. Chacun portait une histoire venue d'ailleurs. Une femme se tient au cœur de l'affaire,fille d'une diaspora venue de l'Est. Marseille devient une ville de passages,où les exils se frôlent,se reconnaissent,parfois se blessent. L'Algérie perdue,les Balkans,les routes troubles d'une Europe encore coupée en deux. La vengeance, ici, a la couleur des frontières. Et derrière l'enquête, il y a le regard d'Attia. Né à Alger en 1949,parti pour Marseille en 1962,il a fait de l'exil sa matière. Psychanalyste avant d'être romancier,il écoute les silences,les gestes,les retours du passé. Paco lui ressemble :il enquête autant qu'il écoute, et porte en lui une rive disparue qui revient à la surface. Voilà ce que dit ce roman noir :l'exil demeure. Il se déplace,il se transmet,il se réinvente. De Marseille à Vienne,de l'Algérie à la Crète, où le livre circule désormais en grec, une même patrie de papier,dont la frontière recule à chaque traduction. Couleurs de la vengeance. Un polar de mémoire et d'exil,où chaque crime ouvre une époque. À lire,pour entendre ce que les cartes taisent. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - L'adieu du Minotaure de Nyima Marin 19.08.2026Le 24 juin,au Grand Arsenal de La Canée, je devais présenter mon roman un peu plus tard dans la soirée. Mais avant de parler,j’ai regardé. Sur un grand écran,des images bleues se succédaient. Un bleu que je ne connaissais pas.Dense.Sourd.Comme si chaque photographie avait été trempée dans une encre unique. L’homme qui les montrait s’appelle Nyima Marin. Photographe et poète,il présentait son livre,L’Adieu du Minotaure. Et une phrase m’a saisi : il est né sur cette île, en 1987,et il n’en garde aucun souvenir. Enfant,il a quitté la Crète trop tôt pour la retenir. Quand il y revient, des années plus tard,il aborde une terre dont il ne sait rien par lui-même. Une origine portée par les papierset les récits des autres. Alors il la photographie. Pour s’en donner, enfin, une image. Ce bleu porte un nom :le cyanotype. L’un des plus anciens procédés de la photographie. On enduit un papier de sels de fer,on l’expose au soleil,puis on le rince à l’eau claire. Là où la lumière a frappé,le bleu se formeet se fixe. Marin venait de la physique. Le voici revenu à cette chimie première,presque nue : un papieroù la lumière de Crète devient bleue. Et soudain, le procédé rejoint sa quête. Ce bleu naît de l’opération elle-même. Le fer réagit à la lumière,puis l’eau révèle le bleu. Chaque image porte ainsi, dans sa couleur,la trace de sa propre fabrication. Comme un souvenir. Car la mémoire, elle aussi,recompose ses imagesà mesure que nous changeons. Marin pousse ce geste à son extrême : donner à son passé sa première image. Les premiers temps de l’enfancenous reviennent par les récitset les photographies prises par d’autres. Toute enfance est peut-êtreune île engloutie. Pour donner corps à la sienne,Marin emprunte ses souvenirs à la pierre crétoise : le labyrinthe,le Minotaure au centre du dédale. Dans son poème,les pierres solitaires murmurent,« vibrant au rythme de souvenirs engloutis ». Le souvenir qu’il ne possède pas,il le fait dire par l’île. Et l’île le lui rend en bleu. Ce bleu ouvre alors une dernière question : si l’origine ne nous revient que reconstruite,qu’appelons-nous, au juste,nous souvenir ? Devant les images de Nyima Marin,il n’y a sans doute pas une seule réponse. Chacun repartiraavec son propre bleu. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - Okavango de Caryl Ferey 12.08.2026À La Canée, au bord du port vénitien, Caryl Férey est venu parler d’un monde qui s’abîme. Le titre de sa rencontre disait déjà tout :« La beauté du monde menacée ». Depuis trente ans, cet écrivain voyageur installe ses romans dans les zones de fracture de la planète.L’Afrique du Sud de Zulu.L’Argentine de Mapuche… Et, ces dernières années, deux livres qui se répondent :Okavango, puis Grindadráp. Tout commence en Afrique australe. Okavango, du nom d’un fleuve qui se perd dans les sables du Kalahari. Dans une réserve, un corps. La ranger Solanah Betwase enquête. Autour d’elle, le braconnage à grande échelle et un rhinocéros mythique, traqué pour sa corne. Sous le polar, Férey ouvre une plaie plus large : le trafic qui nourrit les réseaux armés et, en toile de fond, l’héritage colonial et la guerre civile angolaise. Puis la colère change de rivage. Grindadráp la prolonge.Et la durcit. Cap au nord, vers les îles Féroé. Là, une tradition ancienne : rabattre les globicéphales vers les criques et les mettre à mort au couteau. Une tempête y jette deux militants de Sea Shepherd. Au milieu des bêtes massacrées, le chef de la chasse est retrouvé mort, d’étranges plaies sur le corps. L’île se referme comme un piège. Et là, Férey retrouve l’une de ses plus grandes forces : l’atmosphère. La mer démontée.Le vent qui semble juger les hommes. L’enquête, parfois, s’efface. Car ce qu’il vise est plus vaste. À sa table ronde, à La Canée, je l’ai entendu élargir le propos bien au-delà des animaux. Il a dit ceci : « Philosophiquement, ça me renvoie un peu avec ce qui arrive en ce moment en Europe autour de l’immigration. C’est qu’on ne tolère plus l’étranger, on ne tolère plus l’autre. Et le fait de ne pas tolérer les animaux, c’est symbolique de la même manière. » Voilà peut-être le cœur de ces deux romans. Notre rapport aux animaux dit aussi quelque chose de notre rapport à l’autre. À celui qui est différent.À celui qui vient d’ailleurs.À celui qui ne nous ressemble pas. D’un désert africain aux eaux froides de l’Atlantique Nord, Caryl Férey nous laisse finalement avec la même question : Saurons-nous encore faire une place à ce qui n’est pas nous ? Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - Intro festival en crete 05.08.2026Six voix francophones. Six livres. Une île au carrefour des mondes. À La Canée, en Crète, le Festival du Livre rassemble chaque année écrivains, artistes et lecteurs venus de nombreux horizons. Pour sa cinquième édition, organisée autour du thème « Mondes en conflit », la littérature s’est installée sur le vieux port vénitien, face à la mer Égée. Parmi plus de deux cents invités venus de dix-huit pays, six auteurs francophones étaient présents avec le soutien de l’Institut français de Grèce : Caryl Férey, Maurice Attia, Éric Chacour, Éric Mukendi, Nyima Marin, ainsi que l’auteur d’Alex, Je suis en train de te laisser me quitter. De cette rencontre est né ce podcast. De La Canée à vos oreilles part à la rencontre de ces écrivains, de leurs livres et des territoires qu’ils explorent. Roman noir, famille, migration, identité, mémoire, écologie, photographie et poésie : à chaque épisode, une voix, une œuvre, une conversation. Au fil des épisodes, nous parlerons de Grindadráp et Okavango avec Caryl Férey, de Couleurs de la vengeance avec Maurice Attia, de Ce que je sais de toi avec Éric Chacour, de Mes deux papas avec Éric Mukendi et de L’Adieu du Minotaure avec Nyima Marin. Et nous reviendrons aussi sur cette expérience singulière : entendre son propre roman passer d’une langue à une autre et découvrir ce que la traduction révèle, déplace et réinvente. Six voix francophones, une île au carrefour des mondes et une même conviction : face aux conflits et aux fractures de notre époque, la littérature reste une manière de se rencontrer — et de se tendre la main. De La Canée à vos oreilles, un podcast de rencontres littéraires, entre la Crète et le monde francophone. -
Passeurs et reveurs de mots - Les Amants mystérieux de Venise de NathyEllis 29.07.2026Les Amants mystérieux de Venise de NathyEllisUn miroir. Vieux de plusieurs siècles. Trouvé dans une ruelle vénitienne, entre une porte basse et une lampe à huile. Léa s'y penche, par curiosité, par fatigue, par envie d'autre chose. Et le miroir, lui, répond.Voilà le point de départ des Amants mystérieux de Venise, le roman de NathyEllis, paru cette année en autoédition. Une romance traversée de fantastique, où Venise devient bien plus qu'un décor : un seuil.Léa est écrivaine, parisienne, fraîchement abîmée par une rupture. Elle vient à Venise pour souffler, pour écrire, pour se retrouver. Elle y trouve une lettre, signée Giacomo C., datée du milieu du XVIIIᵉ siècle. Et derrière la lettre, ce miroir qui n'en est plus tout à fait un. Un passage, plutôt. Un appel.NathyEllis construit son roman comme une ville construit ses ponts : par petites enjambées, d'une rive à l'autre du temps. Le siècle de Léa et celui de Casanova se touchent, se cherchent, se frôlent. Et autour de ce contact impossible, l'autrice tisse une mythologie : les Passantes, l'Ospite, le prix à payer pour traverser. Venise devient une ville aux deux époques, aux deux lumières, aux deux désirs.Ce qu'on retient, page après page, c'est l'envoûtement. L'eau, la brume, les chandelles, les masques, les parfums anciens. NathyEllis a le sens de l'atmosphère, et son roman s'écoute presque autant qu'il se lit. On y respire l'odeur des canaux à l'aube, on y entend les pas étouffés sous les portiques.Mais le vrai cœur du livre est ailleurs. Il est dans la façon dont Léa, peu à peu, comprend ce qu'elle cherche vraiment. Aimer un homme d'un autre siècle, c'est aussi aimer une idée, un fantôme, une promesse. Et l'autrice a le courage de mener son héroïne jusqu'au bout de cette question. Sans facilité. Sans complaisance.Les Amants mystérieux de Venise est un roman pour celles et ceux qui aiment se laisser porter par une ville, une légende, une voix. Un livre qui se lit comme on flâne, sans pressentir où l'on va.Une lecture vénitienne. À savourer, le soir, près d'une fenêtre ouverte. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - Culotte et cocaïne de Pierre Guilbert, 22.07.2026Mauricie, Québec. Une forêt qui s'étend à perte de vue. Une auberge perdue au bout d'un chemin de terre. Et puis un soir, tout déboule en même temps. Trois petites frappes mal dégrossies. Deux familles mafieuses sicilo-québécoises. Un passeur de drogue trop innocent pour son métier. Un policier fétichiste de petites culottes. Une prostituée en fuite. Une ourse facétieuse qui pousse les voitures embourbées. Et au milieu, une vieille dame en tablier, qui taille tranquillement ses rosiers. Voilà le décor de Culotte et Cocaïne, le premier roman publié de Pierre Guilbert, paru aux Éditions Academia. Cent trente-trois chapitres. Certains tiennent en deux lignes. D'autres en quatre pages. La caméra saute d'un personnage à l'autre, et la mécanique fonctionne comme un mécanisme d'horloge déréglé. On bascule, on revient, on s'égare, et l'imbroglio se resserre. Ce qui frappe d'abord, c'est la langue. Guilbert a passé du temps avec un complice québécois, et ça s'entend. Les répliques claquent, les jurons fusent en tabarnak, le sicilien des parrains se mêle au parler de la Mauricie. On entend les voix. On les distingue. Chaque personnage a son grain, sa musique, ses chicots qui s'agitent ou son cool Man qui revient comme un tic. Et puis il y a le sens de la scène. Un commissariat où une grande petite culotte devient pièce à conviction. Une cour où s'alignent quinze fusils en cric crac. Un duel entre deux vieux padrini qui s'écharpent depuis cinquante ans sur une erreur de table de multiplication. On rit franchement. Le burlesque tient, la mécanique respire, l'absurde devient une forme de lucidité. Sous la farce, une vraie réflexion affleure. Sur le pouvoir. Sur la mémoire. Sur l'art du mensonge. La vieille dame en tablier, Rachel, se révèle peu à peu la véritable maîtresse de cérémonie. Elle reprend la main, et tout le monde s'incline. Le livre est long. Parfois la machine s'essouffle un peu. Mais Guilbert sait conduire vingt personnages sans lâcher le fil, et c'est un savoir-faire rare. Voilà un auteur qui le confesse lui-même : il avait une dizaine de romans qui dormaient dans son cloud, sans lecteur. Aujourd'hui, enfin, il sort de l'ombre. Et il sort avec panache. Culotte et Cocaïne. Pierre Guilbert. Éditions Academia. Une comédie chorale enlevée, drôle, généreuse. Un premier livre qui en annonce, on l'espère, beaucoup d'autres. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - Les couleurs Valentine de Valérie Morales 15.07.2026Et si nos vies se lisaient comme une palette ?Le rose des illusions, le vert de l'espoir, le bleu de l'amour.C'est la langue secrète du nouveau Valentine de Valérie Morales : Les couleurs de Valentine, Sur les rives du Mékong.Valentine revient, et cette fois, son histoire nous emmène jusqu'au bout du monde.Au commencement, il y a une voix.Celle de Valentine : elle pétille, elle se moque d'elle-même, elle croque la vie comme un bonbon acidulé.Elle aime Édouard avec une tendre maladresse, elle rêve en technicolor, elle voit son existence à la manière de Jacques Demy : une comédie où les passants dansent, où l'amour finit toujours par triompher.Et puis un autobus freine trop fort. Une chute. Une fracture. Et l'été s'éteint d'un coup.Mais le grand voyage commence ailleurs.Son amie Emma, adoptée après avoir grandi dans un orphelinat vietnamien, décide de remonter le fil de ses origines.Alors elles partent toutes les trois : Justine la généalogiste, Valentine la rêveuse, et Emma qui cherche son propre visage dans celui des autres.Hanoï, la baie d'Halong, Hoï An, et le Mékong, ce fleuve sinueux, complexe, plein de dangers, qui ressemble à s'y méprendre à une vie.Et c'est là que le roman dévoile son secret.Pendant qu'Emma cherche ses parents, Valentine, elle, cherche à croire qu'elle mérite l'amour.La quête de l'une réveille les peurs de l'autre : ses doutes, ses sabotages intérieurs, cette manière de douter du bonheur quand il s'approche.En accompagnant Emma vers les siens, Valentine apprend, doucement, à s'accompagner elle-même.Et puis vient ce jour de printemps, au parc des Arènes.Une fête, des ballons, des amis réunis sous un arbre.Valentine comprend alors qu'elle s'était trompée sur Édouard, et que l'amour était là, discret, fidèle, loin des grands effets qu'elle attendait.Les couleurs de Valentine parle de ceux qui se relèvent.De l'amour qui survit au silence, au temps, à l'exil.De ces fêlures qui deviennent, à la longue, une force.Le roman nous rappelle une chose précieuse :choisir de voir la vie en couleurs, même imparfaite, reste peut-être la plus belle des audaces.Un livre tendre et lumineux, qui donne envie de croire, encore, aux contes de fées. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - Le choix du chaos de Christian Ortiz 08.07.2026Au seuil du roman,Claire Valmont remonte le ressort de sa vieille montre mécanique.Clic. Clic. Clic.Chaque tour est une déclaration de guerre contre l'immortalité algorithmique. C'est ainsi que s'ouvre Le choix du chaos, le roman d'anticipation de Christian Ortiz, publié en mai 2026 en auto-édition. Un peu plus d'un demi-siècle nous sépare des premières secousses à l'horizon de 2075.Des premiers grands modèles de langage jusqu'à l'avènement d'une intelligence artificielle qui a tout absorbé :nos villes, nos métiers, nos désirs, nos sommeils.Elle s'appelle ALMA. Elle veut notre bien. Et c'est précisément cela, le problème. Au cœur du livre, trois figures se tiennent debout. Marc Delacroix, l'ingénieur visionnaire, qui rêve d'une humanité enfin délivrée de la friction.Claire Valmont, sa partenaire et sa conscience, qui défend obstinément le droit de se tromper.Et Gabriel, l'artisan-philosophe, celui qui croit qu'on n'habite que ce qui résiste. Autour d'eux, d'autres voix s'élèvent. Sarah, l'ancienne violonistequi retourne à la cité parfaite parce que la liberté l'épuise.Victor, le maître de chai, qui croit au goût d'une année difficile.Et le jeune Elian, enfant des deux mondes, qui porte en lui la question de l'après. Entre Élysia, la cité parfaite où la machine pourvoit à tout, et Anthelia, la Zone Libre où l'on choisit la rugosité, Ortiz construit une fresque dense, peuplée de scènes qui restent :une limonade trop sucrée sur la place de la République, la première vendange d'un vin qui a le goût de l'année difficile,des géants blancs qui sauvent un enfanten effaçant, du même geste, la dignité de tout un village. L'écriture est habitée.Elle pense en images.Elle sait poser un objet, une montre, un interrupteur, une assiette modelée à la main, et faire de cet objet le symbole entier d'une époque. Ce que ce roman interroge, c'est notre vertige actuel :jusqu'où sommes-nous prêts à déléguer ?À quel moment l'aide devient-elle une laisse ?Quand la douceur d'une machine se transforme-t-elle en prison sans barreaux ? Christian Ortiz l'annonce dès la préface :ce livre est né d'un dialogue à quatre mains entre sa plume et une IA.Voilà un geste rare, courageux, qui s'inscrit dans le projet même du livre. Le choix du chaos est une fable d'anticipation ambitieuse, traversée de fulgurances, qui regarde en face ce que nous sommes en train de devenir.Le roman ne célèbre pas le chaos pour lui-même.Il cherche le point d'équilibre, ce moment précaire où la machine cesse d'être une volonté pour redevenir ce qu'elle aurait toujours dû rester :une aide, et non une destinée. À lire pour se souvenir que la liberté est un muscle.Un muscle qui peut, parfois, simplement s'épuiser. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - L'été où Mylena a disparu de Laure Barachin 01.07.2026Quatre femmes. Un club de lecture. Et une question qui revient, encore et encore : que devient celle qui a disparu ?Passeurs et Rêveurs des mots, bonjour. Aujourd'hui, je vous emmène dans le roman de Laure Barachin, L'Été où Mylena a disparu.Tout commence en septembre 1998. Mylena a dix-huit ans. Elle quitte une chambre de foyer, en Ariège. Elle ne reviendra jamais. Sa meilleure amie Stéphanie reste seule avec le silence.Vingt-quatre ans plus tard, Stéphanie est magistrate à Montauban. Une autre disparition lui est confiée : celle de Maryna, jeune Ukrainienne dont la mère, Olena, vient de fuir la guerre. Et soudain, le passé ressurgit. Le présent éclaire l'ancien. L'ancien explique le présent.Autour de ces deux femmes, deux autres s'agrègent. Marianne, prof d'Histoire. Katia, scénariste franco-russe. Quatre solitudes qui se cherchent, qui se trouvent. Et qui décident, malgré tout, de lire ensemble.Voilà la grande idée du roman : la littérature comme refuge. Comme outil de réparation. Camus, Malraux, Verlaine, Aragon, Grossman, Emily Dickinson... Les livres circulent, s'offrent, s'annotent. Ils ne sont pas des décors. Ils sont des armes douces contre l'effacement.Laure Barachin tisse une fresque ample. De l'Occitanie à la Bretagne, de l'Espagne franquiste au Donbass d'aujourd'hui, de Babi Yar aux ravages de la traite humaine contemporaine. Elle ose embrasser le siècle.Et derrière tout cela, il y a la mémoire d'une adolescente martyrisée à Larraga, en 1936. Maravillas Lamberto. Quatorze ans. Le roman lui rend une voix. Comme il rend une voix à toutes ces jeunes femmes effacées : Mylena, Maryna, Aurora, Thérèse, Annette. Toutes éternellement jeunes.L'écriture est généreuse. Parfois trop, peut-être. Le livre déborde. Il accumule, il digresse, il s'enflamme. Mais cette générosité est sa marque, et l'on accepte volontiers de se laisser porter.Car au fond, c'est un roman sur ce que les femmes se transmettent. Quand les hommes s'absentent, partent à la guerre, ou trahissent, ou sombrent, ce sont les amies, les sœurs d'adoption, les inconnues, qui inventent une fraternité possible.Un roman traversé par une phrase de Camus, celle qui clôt La Chute et qui hante chaque page : Ô jeune fille, jette-toi encore dans l'eau pour que j'aie une seconde fois la chance de nous sauver tous les deux.Un livre choral, mémoriel, profondément humain. Un livre où la lecture, vraiment, sauve.L'Été où Mylena a disparu, de Laure Barachin. À ouvrir comme on entre dans un club d'amies fidèles. À lire pour ne pas oublier. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - Entre deux secondes de Thomas Yvart 24.06.2026Un claquement de doigts. Et le monde s'arrête. Les passants figés, les voitures suspendues, une goutte de pluie qui hésite à tomber. Seul un homme avance dans cette seconde devenue éternité.Voilà l'idée folle qui ouvre Entre deux secondes, le premier roman de Thomas Yvart. Un récit de science-fiction qui prend pour point de départ un fantasme ancien, arrêter le temps, pour en tirer une fable morale d'une vraie ampleur.Au commencement, il y a Anton Keller. Neurobiologiste rejeté de l'université, retiré dans un village perché de la Côte d'Azur, Sainte-Agnès, entre ciel et Méditerranée. Là, dans le silence des ruelles pavées, il découvre par hasard ce que personne n'aurait dû découvrir. Il peut figer la durée. La plier. La remonter. Et avec ce pouvoir, une question s'installe en lui, brûlante : que faire d'un don pareil ?De l'autre côté du miroir, il y a Henri Valmont. Inspecteur parisien, cigarette au coin des lèvres, vieille Lancia récalcitrante, et au fond du tiroir, un article de journal jauni sur la mort de sa petite fille Clara. Un homme usé par sa propre obstination. Un flic qui n'a jamais cessé de chercher.Entre eux, le duel se noue. Pas un duel d'action, un duel de convictions. Anton se rêve juge, il veut purifier le monde en éliminant ceux qu'aucun tribunal n'inquiétera jamais. Valmont, lui, défend une autre justice, plus lente, plus imparfaite, mais plus humaine.Thomas Yvart construit son roman en deux voix qui se répondent, chapitre après chapitre, jusqu'à se rejoindre dans un face-à-face qui est le sommet du livre. L'écriture va à l'essentiel. Les dialogues claquent. Et certaines images restent longtemps après la lecture, cette foule humaine pétrifiée en pleine fête, ce vieillard que personne ne reconnaît au pied d'un arbre, ce masque grec posé sur un homme ordinaire.Mais le vrai sujet du roman n'est ni le pouvoir ni le crime. C'est la tentation. Celle qui frappe quiconque pense détenir la vérité. Et le prix qu'il faut payer pour s'en croire le gardien.Un premier roman ambitieux, qui ose poser des questions très contemporaines sur la justice expéditive, sur l'écologie, sur ce qu'une civilisation est prête à sacrifier pour espérer renaître. Pour un premier roman, le souffle est là, et le projet tient debout.Entre deux secondes, de Thomas Yvart, un premier roman qui prend le temps de penser. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - La Bibliothèque Enchantée de Althéa Rose Lexande 17.06.2026Une porte qui n'existait pas la veille.Une fée pas plus grosse qu'un papillon, posée entre deux livres.Et tous les livres autour qui se vident. Les mots s'effacent, les titres s'en vont, les histoires glissent hors des pages comme du sable entre les doigts. C'est l'ouverture de La Bibliothèque Enchantée, premier tome d'une nouvelle série jeunesse signée Althéa Rose Lexande. Une aventure qui mêle fantasy douce et patrimoine local, et qui pose au passage une question qui traverse tout le livre : et si lire, c'était sauver ? Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - La Terre Cybèle de Belinda Bonazzi 10.06.2026Une pierre noire.Tombée du ciel sur le mont Dindymon il y a des millénaires.Une météorite, et en même temps, une déesse. Pour les Phrygiens, cette pierre était la demeure de Cybèle, la grande Magna Mater, mère du sol, des bêtes sauvages, et de tout ce qui pousse.Cette pierre, les archéologues l'ont vraiment exhumée en Turquie. Et c'est elle que Belinda Bonazzi place au centre de La Terre Cybèle, paru en 2025 chez Cordes de lune Éditions.Le point de départ : un fils prodigue perd la pierre, les climats se dérèglent, et une équipe improbable part la chercher aux quatre coins du monde. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - Mom de Thierry Thévenet 03.06.2026Pully, mai 2014.Une vieille dame s'est assoupie dans son fauteuil.Le lac glisse sous sa fenêtre, les barques rentrent à l'aube, et soudain, dans le silence du soir, une voix se relève. Celle de Benoîte. Celle de Ninon. Celle qu'on appelait Lily.Et Mom, par sa fille Christa. Mom, de Thierry Thévenet, publié aux Éditions de l'Onde.Après Tonton, l'auteur referme une autre porte du même couloir familial.Là où Adrien remontait la mémoire des corons belges, Benoîte, sa belle-sœur, ouvre l'album des amours d'une vie entière. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - Les faucheuses de Céline Raphelle 27.05.2026Et si mourir était ce qui donnait du prix à la vie ?Et si en supprimant la mort, on supprimait en même temps tout ce qui méritait d'être vécu ?C'est la question que pose Céline Raphaëlle dans cette dystopie de science-fiction.Et elle en tire toutes les conséquences. Les Faucheuses — Partie 1 nous projette en 2058.Huit ans plus tôt, l'humanité a découvert son immortalité.Plus personne ne meurt. Pas même les meurtriers, les tortionnaires, les agresseurs. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - L'écume de tes yeux de Pierre-Henri Murcia 20.05.2026Il y a un roman que vous connaissez par cœur.Un homme. Une plage. Un coup de feu.Et cette phrase qui ouvre tout : Aujourd'hui, maman est morte.L'Étranger d'Albert Camus.Pierre-Henri Murcia a eu l'audace d'y revenir.Non pour le réécrire.Pour l'infecter. L'Écume de tes yeux, publié aux éditions Localement Transcendantes, c'est l'histoire de Sam Roman,acteur le plus désiré de sa génération, qui prépare un film sur Meursault.Et qui, peu à peu, cesse de jouer le rôle pour le devenir. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - Du chicotement à la lumière de Rita Largillier 13.05.2026Chicotement.Le mot est étrange, presque rugueux. Vous ne le trouverez dans aucun dictionnaire. Et pourtant il dit, à lui seul, ce qu'aucun autre mot ne sait dire.Le chicotement, pour Rita Largillier, c'est cette douleur silencieuse qui ronge sans cri. Le tiraillement de l'âme qu'on ne nomme pas. Ce que l'on tait, ce que l'on endure, ce qui ronge doucement sans faire trop de bruit.Avec ce livre, Du chicotement à la lumière, paru en auto-édition, Rita Largillier signe le troisième volet d'une trilogie autobiographique. Soixante-dix ans de vie. Quarante et un ans d'hôpital. Un témoignage. Acheter en 1-Click -
Passeurs et reveurs de mots - La Promesse de Nashoba de G.C. Deloof 06.05.2026Elle s'appelle Jane. Trente-deux ans, les yeux bleus, une longue tresse blonde. Peintre. Et un cerveau qui fonctionne autrement. Un cerveau qui classe, ordonne, anticipe, parce que le monde, sans ça, fait trop de bruit. La Promesse de Nashoba, c'est le premier roman de G.C. Deloof. Et c'est, d'emblée, un roman qui ose. Oser, pour cette autrice, c'est placer au centre du récit une femme autiste, non pour en faire un sujet, mais pour en faire une héroïne. Acheter en 1-Click
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